Je parle de vous comme d'un poème. Je m'exalte à la simple idée de vous revoir. Et je pose consciemment un " vous ". Un "vous" qui n'a jamais eu de place auparavant, mais que j'aime à introduire aujourd'hui, en réalisant la distance qui nous sépare. Un " vous " solennel entre personnes adultes et conscientes de tous leurs actes. C'est un "vous" doux et épistolaire, plein d'admiration et de grandeur. Un "vous" de respect, de correction, de parfum de papier vieilli. Et dans ce "vous", il y a tous mes fantasmes les plus fous, tous mes souvenirs cachés et pervertis par ma propre culpabilité. Dans ce "vous", il a le souvenir de tous les amants d'autrefois, des jupons et des bougies; il y a l'érotisme du regard d'une femme adultère.
Je parle de vous à mesure que j'introduis le murmure. Je parle de vous comme d'un secret, des mots volés pleins de vices et passion. Comme si vous évoquer me rendait coupable sans n'avoir rien fait. L'entre-nous, proche ou lointain, est une faute. Dans tout ce que ceci veut dire. C'est conscient. Et c'est de vous que j'ai appris comment bafouer les règles et tromper la vie. Alors je parle de vous comme l'Ennemi public que vous êtes, vous rabaissant auprès du Monde pour préserver mon attirance et mes pensées, pour que nul autour ne me démasque et que persiste entre vous et moi ce lien privilégié.
Je parle de vous et c'est un supplice. Quelqu' en soit la manière, de devoir vous décrire avec des mots trop tempérés, avec des regards veloutés et une respirations atténuées. Et je préfère encore entendre qu'on vous insulte plutôt qu'on vous ignore, car votre être est trop à lui seul pour mériter l'indifférence. Je parle de vous comme on parjure, quand je ne fais que de brèves allusions à votre parfum ou à votre sourire. C'est un blasphème à l'état pur.
Je parle de vous comme une prière. Reniant tout le reste, à l'état de transcendée. Et j'annihile le monde entier quand je trouve la reconnaissance que je cherche. Je me fais martyre si la nature de ces souvenirs est de l'ordre du divin. Je peux me faire prêtresse, offerte à tous les sacrifices. Si dans vos yeux je suis la Liberté, même enchaînée aux bras d'un autre, si je peux être la Féminité sans en avoir acquis toute la maturité. De cette institution exclusive entre vous et moi, j'appliquerai tous les commandements, je ferai de ma vie une leçon de morale, votre leçon de raison.
