J'aimerais bien tout simplement te parler de moi. Aussi t'écouter me raconter ce qui se passe dans ta tête, que tu regardes le ciel ou pas. Fuir ces incessantes chamailleries qui camouflent nos timidités respectives. On pourrait continuer comme ça, à discuter la nuit assis près de l'eau, mais y ajouter le soupçon de douceur qu'il nous manque pour embellir cette petite histoire. J'ai besoin de mots édulcorés, enveloppés dans du papier crépon pour les phrases qui me font penser à toi. Le plus facilement du monde. Alors qu'aujourd'hui tout me semble un peu trop compliqué, un peu trop caché aussi. J'ai pas le courage pour me livrer et me donner entière. J'ai des tas de carapaces, des phrases assassines qui pleuvent quand on me heurte un peu trop fort, des regards qui foudroient pour qu'on n'essaie pas de m'approcher de trop près. Oui, ces petits regards-là, que tu ne ratent jamais, que tu me fais toujours remarquer. Parce qu'ils t'horripilent ou t'intriguent? J'ai du mal à comprendre, ce à quoi tu pense quand tu m'observes comme ça. J'ai à offrir je crois, mais je ne saurais trop dire dans quelle mesure. Je ne sais pas si tu trouveras réellement quelque chose à chercher comme ça en moi, comme si j'étais pleine de mystères. Et puis tu as cette façon de butter sur tous mes mots, de me faire répéter mes expressions pas toujours habituelles, quelques fois trop recherchées, celles dont j'use pour me préserver, pour essayer de m'élever afin de ne pas être approchée de trop près,surtout pas mise à nue. Et je réalise en écrivant ça, que j'aurais presque moins peur de me déshabiller face à toi que de te décrire l'idée que je me fais de moi-même. Je suis parfois trop brutale quand j'ai peur, et toi trop évasif si je pose une question. On pourrait croire à une liste de défauts non exhaustive, et pourtant non. Pourtant j'ai laissé les stéréotypes et les phrases que j'aurais qualifié de grotesques m'attendrir. Le petit doute qui planait sur ce début m'a intriguée, peut-être même un peu emportée. Et je pourrais aujourd'hui, je crois, retrouver la sérénité qui m'a depuis peu quittée. Je suis presque sûre de pouvoir affirmer qu'être près de toi m'inspire comme un halo de paix, une douceur dans laquelle j'aimerais juste me blottir. J'avance doucement, je suis une effrayée par nature, mais j'avance quand même; et ça procure un plaisir inconditionnel que de franchir des étapes les unes après les autres. J'ai plus de facilité à écrire ce que je ressent qu'à le montrer. Sous mes airs de porte close se cachent un énorme besoin d'expression. J'aurais toujours dû mal à m'avancer vers toi sans armure, et j'excellerai toujours à écrire des phrases interminables pour montrer un peu que je m'en veux, que quelques fois je me déteste d'être incapable de m'offrir simplement. Je crois qu'on peur faire l'amalgame, entre tes vannes perpétuelles et mes regards qui jugent toujours tout, entre tous ces textes que j'écris et tes petites phrases clichées. C'est un peu le même problème. Alors de mon côté j'y travaille. Sans trop m'inquiéter, je dois l'avouer que tu le fasses de ton côté, car la faille est personnelle et que quand j'aurais comblée la mienne, je pourrais peut-être tout faire, pour réparer un peu la tienne. Reste que je peux affirmer, que même apeurée et assise sur cette marche froide, offerte en pleine nuit, j'ai aimé ta présence. J'ai aimé l'idée de prononcer ne serait-ce que " Sers moi contre toi" et peut-être un jour j'y arriverai. J'y arriverai car j'aime à deviner la sensation que ça pourra me procurer, que de savoir que si tu me protèges, je n'ai plus rien à craindre.