J'ai retourné la maison à la recherche de mes souvenirs d'ado. J'espérais retrouver mes cahiers, tous ceux que je voulais artistiques, pleins de photos et de paroles de chansons. Je me suis souvenue de celui que j'avais montré à ma psy, quand j'étais en troisième, qui contenait mes photos appareil dentaire guitare, les paroles d'Aqme et d'Alain Souchon. Rien de tout ça. J'sais pas comment j'ai laissé traîner tout ça. Je crois que dans un élan de maturité, une de mes multiples tentatives de renaissance, je l'ai jeté. Je devais penser que c' était pour mieux recommencer à zéro, pour avancer.
J'ai pourtant pas oublié, et je suis loin d'en avoir honte. J'étais conne quand j'avais quinze ans, mais je sentais habitée alors... Par contre, j'ai retrouvé mon album de Suprême NTM, j'ai pris une sacrée claque. "Laisse pas traîner ton fils", "C'est arrivé près d'chez toi" et "Ma Benz", j'y comprenais rien à l'époque. J'écoutais ça pour faire comme mon frère, qui lui non plus, devait pas vraiment percuter. J'aimais bien la réaction des gens qui me regardaient avec des grands yeux quand je leur disais que j'écoutais ça. Je me sentais différente. C'est ça la crise d'ado.
Aujourd'hui, si tu veux t'imprimer, si tu immortaliser tes sourires, tu prends des photos. Les aléas du numérique qui t'empêchent de rater tes photos, qui inhibe le suspens chez le photographe qui te filait les mains moitent parce que tu flippais qu'il ait vu des photos immondes. Aujourd'hui le papier ne vieillit plus, au pire tu fais une fausse manip' et t'es bon pour chercher trois heures sur ton disque dur. A présent tu blog, moi la première, geek en rose bonbon, plutôt que de remplir un journal intime. J'aimais bien celui que ma meilleure amie de cinquième m'avait offert. Il était rose avec un Titi en première page, y avait aussi un petit cadenas pour que je me sente mystérieuse. Aujourd'hui, ton ex, ton frère, tes profs et ton père découvrent ce qui se passe dans ta tête à condition d'avoir deux trois contacts qui te connaissent. Si j'bug, mon CD préféré s'envole, Itune le trouve plus et je me vois prise dans l'illégalité du téléchargement pour me remettre des frissons alors qu'avant ça, des CD, j'en ai perdu des tas derrière l'armoire où j'avais ma chaine hifi.
J'parle comme une vieille fille. J'ai l'impression de voir ma mère qui me demande comment ça marche une clé USB. Y a pas à dire, ça m'aide à me sentir authentique d'aimer l'odeur des vieux livres. Ca me plait encore plus d'essayer d'en écrire un. Je me demande dans dix ans comment je ferai pour me foutre de moi-même. D'ici là, j'aurais changé d'ordi deux fois, d'iPod cinq sans doute, j'aurais supprimé huit blog, me serait désinscrite deux fois de Facebook, changé trois fois de numéro de téléphone, de mec j'ose pas y penser. J'essaierai de retrouver des chansons que j'aurais aimé, qui auront supporté mes chagrins d'amour ou encouragé les débuts de romance, en vain. J'arriverai plus à me souvenir de quelle couleur étaient mes cheveux quand j'avais dix huit ans. J'aurai aucune photos de mes variations de poids, de celles ou j'avais toutes les tailles de jean. J'rencontrerai des gens en pouvant leur dire ce que je veux, sans jamais le faire car tout se retrouvera avec quelques billets.
Dans dix ans, comment on construira nos souvenirs ?