Sigmund, foutu trouble fête

Qu'on m'explique pourquoi ces sentiments quand je m'endors, pourquoi chercher dans mon lit cette chaleur masculine, ce réconfort ou simplement cette sécurité. Rien de plus. Ni paroles, ni sexe, pas forcément de cadeaux ou de scénario bateau, pas d'amour version grand mot. Qu'on me disserte ma façon de partir en courant quand je vois des sentiments naître chez l'autre alors que fût un temps, j'y aurais sauté à pieds joints. Qu'on me raconte que c'est normal de fuir au moindre faux pas, au mot de travers dans un sms, alors que ça ne l'est pas. Qu'on me confirme que j'ai mal passé mon ¼dipe.

Et me dire que je suis attirée vers les hommes plus âgés de manière on ne peut plus banale. Me mentir quant à mon souhait d'assumer une relation sérieuse. Dire Amen à mes envies de stabilité comme à mes sprints irresponsables. Commenter le fait que je réponde de manière agressive, que je me braque quand j'ai envie de leur tomber dans les bras alors que je me fais mielleuse quand ils ne m'intéressent pas. Disserter sur mes regards à l'affût du moindre signe auquel je réagirais dédaigneuse ou rougissante. Faire semblant de ne pas voir que j'aime me faire berner, ou plus simplement taire les critiques sur mes puérilités, sur mes euphories passagères de regard en amphithéâtre ou de sourires dans un magasin.

Avouez moi que je ne sais pas ce que je cherche, que j'ai déjà vécu trop d'histoires cérébrales pour m'illusionner d'une romance clichée et prévisible. Montrez moi qu'en fait, plus ça va vite et plus ça marche avec moi, pourvu qu'on me passionne, pourvu que je ne sente pas qu'on m'entraîne et que je croie dominer la situation alors qu'il n'en est rien. Discutez mes gamineries de prince charmant badboy golfeur rockeur. Expliquez moi pourquoi j'aime qu'ils me regardent, même si c'est juste pour me foutre d'eux. Pourquoi dans chaque geste, dans chaque attitude, il y a une façon de vouloir attirer l'attention, il y a une heure devant un miroir, des journées entières dans les magasins dans le seul but de ramasser des miettes de considération.

Savoir pourquoi, dès qu'ils ont une raquette de tennis dans les mains, même insignifiants, je les laisse m'embrouiller. Pourquoi s'ils ont du style et rien d'autre j'y repense cinq minutes après les avoir croisés. Pourquoi mal rasés et de dix ans mes aînés ils ont un pouvoir d'attraction encore plus impressionnant. Pourquoi je joue les ingénues devant les vieux et l'adulte devants les ados. Pourquoi j'ai viré blonde quit à paraître écervelée. Pourquoi hors blog, je ne dis plus rien. De cette nouvelle vie, s'être façonnée l'image de garce idéalisée, crédible sans que je n'y crois moi-même. Pourquoi je cherche à me convaincre qu'in vitro, j'étais une fille bien alors que je suis incapable de cesser de médire sur les gens.

Juste comprendre. Sans rien changer. Je veux que pourtant rien ne se déplace. Parce qu' indécise, c'est comme ça que je m'aime. Dans ces états, doigts sur le clavier, bouche rose pailletée, une heure avant de sortir dépenser mon argent en vêtements. A me dire que peut-être je croiserai untel dans le tram ou un autre dans un café. Puissance absolue. Me surprendre demain à chercher, comme chaque jour sans trop le dire, le regard de n°1 puis de n°2 jusqu'à l'infini même s'ils le veulent. Sans rien dire mais pourquoi pas rougir. Détourner le regard, les imaginer puis concrétiser leurs faiblesses quelques jours plus tard. Partir en courant et recommencer.
Sigmund, foutu trouble fête

# Posté le vendredi 03 octobre 2008 15:56

Modifié le vendredi 03 octobre 2008 16:16

We are the youth of today, don't care what you have to say at all

We are the youth of today, don't care what you have to say at all
Allumer la webcam pour mesurer l'ampleur des dégâts. Plus encore par curiosité. Et voir une demi inconnue. Une tête blonde avec des restes enfantins paraît-il. Les cheveux un rien trop longs parce que le coiffeur à décaler son rdv d'une semaine. Le nouveau style de la barrette adopté parce que la mèche trop gênante pour prendre des notes correctement à la fac. Les lunettes sur le nez, quasiment tout le temps, parce que l'air - au moins - intelligent, sérieux et indispensable pour déchiffrer les noms écrits trop petits en anatomie. De légères cernes pour avoir lu et relu l'ordre des titres dans le code de la santé publique, et évidemment planché sur les effets mésomères sans trop de résultat chiffré. La tête de l'étudiante lambda.

Une évolution physique visible. Les traits sont plus affirmés. Le style est différent. Penser pratique-joli, nette et discret. Penser particulier, singulier en accessoires ou en association. Garder les bases, l'éducation de sept ans de clonage contrôlé.

Amy Macdonald et Lady Gaga. Des attitudes de fille. De vraie fille. Se surprendre à rire, à se foutre des amicalistes mais les aimer rien que pour ça. Se mettre à pleurer de rire, sans aucune raison en anat', à presque s'étouffer pour n'émettre aucun son et se dire « Si Tonton me grille, j'risque de me prendre une réflexion devant tout l'amphi. » Se découvrir pleins de points communs, à s'en bluffer, jusqu'au familiale. Vendre pour deux-cents euros de capotes en duo dans la rue parce qu'une brune et une blonde qui abordent avec le sourire, c'est inévitablement ravageur, ou au moins très convaincant. Une affaire qui n'a plus vraiment à faire ses preuves.

Critiquer, malgré toutes les résolutions, parce que dans ces amphis, il y a tout et n'importe quoi. Il y a surtout n'importe quoi. Un Blond inégalable, une gothique peroxydée aux cheveux gras - roses - et à la robe en vinyle, Yelle dont j'aime les goûts vestimentaires, Cousin et son pote le tektonik killer, l'ancienne de St Etienne avant-gardiste - ou pas.

Incapable de me retrouver dans ce bâtiment, la K'fet, les salles de TD n'en parlons pas.
Jupe plissée, pull RL et l'écharpe beige aux célèbres carreaux. Fidèle. Le Longchamp customisé foulard léopard. Le teint net parce que l'adolescence est bien enterrée à présent, même du point de vue hormones et sébum. Me sentir grande et toute petite. Sourire d'entendre les lycéens dans le tram parler de devoir maison. Me dire que le lycée, c'était quand même sympa, que le bac, en comparaison à ce concours, c'était tout de même une offrande. Statut: étudiante. Je m'en étonne encore. Mais au fond, gamine, pour huit mois " Bizut ". La trouille d'être carrée.

Vouloir prononcer le serment de Gallien. ( « Né en Turquie en 131, médecin de Marc-Aurèle... » Un genre studieux qui apprend ses cours de médicament) Plus simplement, vendre des suppos aux petites vieilles et du Toplexile aux gamins pour qu'ils dorment sans tousser la nuit. Concrétiser cette admiration idiote quand j'entre dans une officine. Avoir un mur Upsa, un Roche et un Novartis. Un rayon produit cosmétique, un autre compléments alimentaires, la gamme Durex en long en large et en travers. Porter une blouse « Pharmacienne ». Une jolie croix grecque - dont je passerai l'origine- qui clignotte verte au dessus de la porte et pourquoi pas le caducée - je tairai là aussi l'explication, j'en suis la seule passionnée - sur la porte d'entrée.

Dans d'autres conditions, appuyer sur la machine à café à 7h15, enfiler mon sweat Abercrombie et foncer à la boulangerie chercher un petit pain au chocolat et un croissant nature. 7h 30, le café à coulé. 8h, au boulot, exos de CO et de CGP. Se dire qu'une infime part de bizuts réussissent du premier coup. Flipper, tout ce que je peux. Dormir. Parce que les vieilles dans mon genre, de 18 à 19h, ça dort parce que sinon c'est plus capable de réfléchir. N'être déjà plus capable de manger des lasagnes pour cause d'overdose. Boire trop de tisane. S'endormir chaque soir après quelques pages de La chimie organique, les grands principes, merci McMurry. Sans oublier le message 0417 -de plus en plus ahurissant/décevant.

S'étonner, d'entendre le téléphone vibrer, ouvrir grands les yeux en lisant. A croire que quelque chose à changé. Un truc que je ne maîtrise pas mais que j'apprécie sans nul doute. Sentir certains regards. Me dire que j'ai la vie estudiantine dont je rêvais. Celle-là même que je m'étais montée de toute pièce. A croire qu'à force de piétiner les boulets trop présents, les caprices font leur nid. Apprécier puis rire d'yeux bleus azuréens sur des pieds et des bras sans aucune coordination sur fond musical. Dévisser la tête vers le haut pour jeter des coups d'½il à l' étudiant au manteau et aux cheveux juste comme je les aime qui fume toujours avec son iPod juste avant le premier cour. En variante, la version plus concrète de Cyril de secret story qui n'a pas une tête à être dans un de ces amphis.

Cette webcam et en fond Marilyn. Ces yeux qui, mêmes fatigués de trop lire le mot « molécule », sont ceux qui ont vus défilé le même chemin tous les matins pendant longtemps. Apprécier l'odeur de lessive. Ouvrir la boîte mail avant même d'avoir vidé la valise le vendredi soir. Eplucher Vogue dans le train, comme c'était promis/prévu. S'indigner de constater comme c'est moche Mulhouse mais me sentir quand même bien de dire « Ah non mais je suis pas d'ici, je suis haut-rhinoise. », pas encore suffisamment habituée à boire des litres de bière et à parler alsacien. Je crois qu'il y a des choses qui ne s'installeront jamais...

Etre paisible dans ce studio. 25m² et mon chez moi. Sans bruit de machine à laver, ni chat qui miaule, maman pour taper sur sa poterie à coup de rouleau à pâtisserie ou le père putatif qui ponce un meuble. Juste le calme. Une fois de temps en temps quelques pas dans l'escalier. Routinière à mourir mais en sécurité. Un peu strasbourgeoise maintenant malgré tout.

Ne jamais perdre de vue le « travaille, relis ton cours et fait tes exos » sous peine de culpabilité arrosée lacrymale. Entre deux villes, transition physique effectuée, les amies - cette team <3 -qui manquent sans qu'on ne le dise trop pour ne pas dramatiser, pour ne pas trop avouer que ça n'a pas que des bons côtés de vivre seule à 100km. Se demander de quoi sera fait demain, de quel métier, de quelle ville et de quel homme. I'm on the road to home.

# Posté le vendredi 03 octobre 2008 15:35

Modifié le samedi 11 octobre 2008 04:29

Out of reach

C'est pourtant pas compliqué, je pourrais vouloir une histoire d'amour à la con avec un crétin de tennisman professionnel. Un gars qui répondrait « Moi non plus » à mes « Je t'aime ». Un genre d'abruti qui m'sortirait des répliques comme « Moins fort chérie même si t'es mignonne quand tu t'énerves j'suis pas sourd! » pour me faire mourir de rire. Le style qui débarque chez toi avec un coquelicot et qui ajoute " Une rose c'était trop cliché, non? ".

Alors ok, il ne devra pas critiquer mes copines, mes chaussures encore moins. Il devra sortir des sourires ravageurs aux filles que je déteste, il devra parler juste ce qu'il faut à ma mère, lire L' Equipe avec mon frère, et m'envoyer des textos surprenants. J'voudrais qu'il porte des cravates comme des pantalons en lin. J'l'aimerais sportif mais pas trop, histoire d'être bien foutu sans avoir à m'imposer le match de foot du dimanche matin.

Plus honnêtement, j'voudrais recevoir des « T'es bien plus sexy que la binoclarde à côté de laquelle je suis assis en cours. » au lieu des « Mon amour, il n'y a que toi dans ma vie. » d'une ringardise soporifique. Ce serait mieux qu'il parte en courant dès qu'une gamine de trois ans pleurniche. Il pourrait aussi avoir autant de paires de chaussures que moi et m'engueuler d'en vouloir plus.

Bien sur qu'il pourra s'appeler Charles et être en médecine. Evidemment qu'il aura une voiture et me cherchera en sortant de la fac le vendredi soir. Inévitablement indépendant et qui me laissera choisir le film au ciné.

Mais ce serait juste génial qu'il me dise " Aller prépare un sac - mais vide stp - on part en vacances ? _ Vide le sac ? T'as l'intention de tout m'acheter là-bas comme dans Pretty Woman, c'est ça ? Non c'est juste que si j'te dis de faire des bagages, tu vas me remplir le coffres avec tes trois valises !". J'voudrais qu'il ait la trouille en voyant le chat de ma mère. Qu'il se foute de moi quand je lui demande de tuer l'araignée en haut du mur alors qu'il part en courant en voyant une guêpe.

Il sera grand, brun aux yeux verts, tablettes de chocolat et dents blanches. Il parlera anglais, italien, espagnole et mandarin. Il sera élégant et poli, évidemment...

Mais fantastique, il aurait dans ses armoires des caleçons à carreaux pour dormir et qui plus est me faire rire. Il aurait un ou deux grains de beauté, même mal placés. Il aimerait les drames comme les Walt Disney. Sur son iPod, du Mozart et du Britney. Il pourrait aussi débarquer chez moi, mal rasé, avec du champagne, des Kinder, des capotes et La bonne paye en me disant " On commence par quoi?" l'air malicieux.

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L'homme parfait universel n'existe pas. Juste l'homme parfait customisé.

Out of reach

# Posté le mardi 02 septembre 2008 11:27

I found a place where we could boogie - boogie tonight

I found a place where we could boogie - boogie tonight
Je ne suis plus une enfant. Je ne suis plus une lycéenne qui écrit des états d'âme sans trop de sens juste pour jouer avec les mots. Je dois m'efforcer d'être adulte et responsable. Je suis sensée cesser de fuir les sentiments au profis des répliques sans conséquence. Je ferais mieux d'arrêter de courir derrière l'utopie personifiée et de fuir en sens inverse après l'avoir trouvée.
Plus sérieusement, j'ai la trouille.

# Posté le jeudi 28 août 2008 05:35

Modifié le dimanche 11 janvier 2009 05:24