Allumer la webcam pour mesurer l'ampleur des dégâts. Plus encore par curiosité. Et voir une demi inconnue. Une tête blonde avec des restes enfantins paraît-il. Les cheveux un rien trop longs parce que le coiffeur à décaler son rdv d'une semaine. Le nouveau style de la barrette adopté parce que la mèche trop gênante pour prendre des notes correctement à la fac. Les lunettes sur le nez, quasiment tout le temps, parce que l'air - au moins - intelligent, sérieux et indispensable pour déchiffrer les noms écrits trop petits en anatomie. De légères cernes pour avoir lu et relu l'ordre des titres dans le code de la santé publique, et évidemment planché sur les effets mésomères sans trop de résultat chiffré. La tête de l'étudiante lambda.
Une évolution physique visible. Les traits sont plus affirmés. Le style est différent. Penser pratique-joli, nette et discret. Penser particulier, singulier en accessoires ou en association. Garder les bases, l'éducation de sept ans de clonage contrôlé.
Amy Macdonald et Lady Gaga. Des attitudes de fille. De vraie fille. Se surprendre à rire, à se foutre des amicalistes mais les aimer rien que pour ça. Se mettre à pleurer de rire, sans aucune raison en anat', à presque s'étouffer pour n'émettre aucun son et se dire « Si Tonton me grille, j'risque de me prendre une réflexion devant tout l'amphi. » Se découvrir pleins de points communs, à s'en bluffer, jusqu'au familiale. Vendre pour deux-cents euros de capotes en duo dans la rue parce qu'une brune et une blonde qui abordent avec le sourire, c'est inévitablement ravageur, ou au moins très convaincant. Une affaire qui n'a plus vraiment à faire ses preuves.
Critiquer, malgré toutes les résolutions, parce que dans ces amphis, il y a tout et n'importe quoi. Il y a surtout n'importe quoi. Un Blond inégalable, une gothique peroxydée aux cheveux gras - roses - et à la robe en vinyle, Yelle dont j'aime les goûts vestimentaires, Cousin et son pote le tektonik killer, l'ancienne de St Etienne avant-gardiste - ou pas.
Incapable de me retrouver dans ce bâtiment, la K'fet, les salles de TD n'en parlons pas.
Jupe plissée, pull RL et l'écharpe beige aux célèbres carreaux. Fidèle. Le Longchamp customisé foulard léopard. Le teint net parce que l'adolescence est bien enterrée à présent, même du point de vue hormones et sébum. Me sentir grande et toute petite. Sourire d'entendre les lycéens dans le tram parler de devoir maison. Me dire que le lycée, c'était quand même sympa, que le bac, en comparaison à ce concours, c'était tout de même une offrande. Statut: étudiante. Je m'en étonne encore. Mais au fond, gamine, pour huit mois " Bizut ". La trouille d'être carrée.
Vouloir prononcer le serment de Gallien. ( « Né en Turquie en 131, médecin de Marc-Aurèle... » Un genre studieux qui apprend ses cours de médicament) Plus simplement, vendre des suppos aux petites vieilles et du Toplexile aux gamins pour qu'ils dorment sans tousser la nuit. Concrétiser cette admiration idiote quand j'entre dans une officine. Avoir un mur Upsa, un Roche et un Novartis. Un rayon produit cosmétique, un autre compléments alimentaires, la gamme Durex en long en large et en travers. Porter une blouse « Pharmacienne ». Une jolie croix grecque - dont je passerai l'origine- qui clignotte verte au dessus de la porte et pourquoi pas le caducée - je tairai là aussi l'explication, j'en suis la seule passionnée - sur la porte d'entrée.
Dans d'autres conditions, appuyer sur la machine à café à 7h15, enfiler mon sweat Abercrombie et foncer à la boulangerie chercher un petit pain au chocolat et un croissant nature. 7h 30, le café à coulé. 8h, au boulot, exos de CO et de CGP. Se dire qu'une infime part de bizuts réussissent du premier coup. Flipper, tout ce que je peux. Dormir. Parce que les vieilles dans mon genre, de 18 à 19h, ça dort parce que sinon c'est plus capable de réfléchir. N'être déjà plus capable de manger des lasagnes pour cause d'overdose. Boire trop de tisane. S'endormir chaque soir après quelques pages de La chimie organique, les grands principes, merci McMurry. Sans oublier le message 0417 -de plus en plus ahurissant/décevant.
S'étonner, d'entendre le téléphone vibrer, ouvrir grands les yeux en lisant. A croire que quelque chose à changé. Un truc que je ne maîtrise pas mais que j'apprécie sans nul doute. Sentir certains regards. Me dire que j'ai la vie estudiantine dont je rêvais. Celle-là même que je m'étais montée de toute pièce. A croire qu'à force de piétiner les boulets trop présents, les caprices font leur nid. Apprécier puis rire d'yeux bleus azuréens sur des pieds et des bras sans aucune coordination sur fond musical. Dévisser la tête vers le haut pour jeter des coups d'½il à l' étudiant au manteau et aux cheveux juste comme je les aime qui fume toujours avec son iPod juste avant le premier cour. En variante, la version plus concrète de Cyril de secret story qui n'a pas une tête à être dans un de ces amphis.
Cette webcam et en fond Marilyn. Ces yeux qui, mêmes fatigués de trop lire le mot « molécule », sont ceux qui ont vus défilé le même chemin tous les matins pendant longtemps. Apprécier l'odeur de lessive. Ouvrir la boîte mail avant même d'avoir vidé la valise le vendredi soir. Eplucher Vogue dans le train, comme c'était promis/prévu. S'indigner de constater comme c'est moche Mulhouse mais me sentir quand même bien de dire « Ah non mais je suis pas d'ici, je suis haut-rhinoise. », pas encore suffisamment habituée à boire des litres de bière et à parler alsacien. Je crois qu'il y a des choses qui ne s'installeront jamais...
Etre paisible dans ce studio. 25m² et mon chez moi. Sans bruit de machine à laver, ni chat qui miaule, maman pour taper sur sa poterie à coup de rouleau à pâtisserie ou le père putatif qui ponce un meuble. Juste le calme. Une fois de temps en temps quelques pas dans l'escalier. Routinière à mourir mais en sécurité. Un peu strasbourgeoise maintenant malgré tout.
Ne jamais perdre de vue le « travaille, relis ton cours et fait tes exos » sous peine de culpabilité arrosée lacrymale. Entre deux villes, transition physique effectuée, les amies - cette team <3 -qui manquent sans qu'on ne le dise trop pour ne pas dramatiser, pour ne pas trop avouer que ça n'a pas que des bons côtés de vivre seule à 100km. Se demander de quoi sera fait demain, de quel métier, de quelle ville et de quel homme. I'm on the road to home.